11. La chronique MyLittleRedCar dans AUTOHEROES #022 Bruce Jouanny

Bob Wollek, passionné de vélo, avait pris l’habitude, avant les 24 Heures, de rallier Strasbourg au Mans en deux-roues. C’est ainsi qu’il a trouvé la mort, renversé par un camion, à proximité du circuit des 12 Heures de Sebring en Floride, la veille de la course. C’était il y a 20 ans.

LA VIE EN ROSE


Dans mes premiers souvenirs de vitesse, il y a ce regard de l’enfant hypnotisé par le vol des libellules. Dès mon plus jeune âge, j’étais subjugué par l’extrême rapidité avec laquelle cet insecte fragile passait de l’immobilité à une vitesse inégalée par les autres insectes. Je l’appris plus tard, une libellule peut atteindre 58 km/h et parcourir 4 à 9 mètres par seconde en une vingtaine de battements d’ailes seulement. Les observer me donnait des frissons de plaisir. Chaque rencontre avec ces bestioles et autres abeilles ou insectes rapides en tous genres m’empêchait presque de respirer, alors imaginez mon sentiment le jour de mes onze ans lors d’une toute autre rencontre, celle qui in uencera toute ma vie. Nous sommes le 11 juin 1989, nous passons le week- end chez nos amis les plus proches, dans la Sarthe. Didier, le pote de mon père, fournissait les caravanes à une bonne partie du paddock de l’évènement le plus important de la région : les 24 Heures du Mans ! Paré d’un pass d’accès toutes zones, me voilà aux premières loges devant l’Esse du Karting. Je ne sais pas quel miracle me permettait de reprendre mon souf e à chaque passage, mais le frisson de plaisir me parcourt encore aujourd’hui. Dans mon souvenir, il y avait uniquement des prototypes au Mans. La nuit, dans les Hunaudières, deux voitures ont retenu toute mon attention : la Mazda 767 avec le bruit strident de son moteur rotatif et les Aston Martin et leur grondement sourd qui résonne d’ailleurs encore dans mon crâne aujourd’hui. Il faut se rendre compte que jusque-là, je passais mon temps à observer les compteurs des voitures ou des motos, et la plus célèbre, mon rêve d’absolu, était la Suzuki 1100 GSXR avec 320 km/h plus une barre ! Que l’ami de mon père puisse me donner libre accès à toute la zone du célèbre circuit me permettait de consacrer tout mon jeune enthousiasme à la quête du Graal. Ce week-end là, je l’ai trouvé avec l’Alsacien Bob Wolleck au volant de la Porsche 962 rose qui passait et repassait sous mes yeux toutes les 3 minutes 30, minutes intenses où je trépignais le souf e court et le cœur battant, pour apercevoir le bolide couleur “pink pig” du sponsor japonais. A cette époque, si quelqu’un m’avait dit que, 19 ans plus tard, je prendrais part à cette course mythique et cela à trois reprises, je pense que je ne l’aurais pas cru. Je n’avais pas vocation à devenir pilote automobile. J’aurais dû appartenir au cliché des enfants des beaux quartiers parisiens qui embrassent une carrière de médecin ou d’avocat. Mais déjà, je rêvais de piloter un avion de chasse et cette passion pour la vitesse et la performance restera au centre de ma vie. J’ai débuté les entraînements de karting l’année suivante et la Formule 1 est très vite devenue mon objectif prioritaire. A cette époque, je n’envisageais pas encore les 24 Heures et pourtant c’est là, au volant de sport prototypes, que j’ai passé une bonne partie de ma carrière ! Même si je ne l’ai jamais rencontré, j’ai été très touché par la mort accidentelle de Bob Wollek aux Etats-Unis, avant la course des 12 Heures de Sebring. Un petit bout de mon enfance s’est envolé avec lui mais sa voiture, la Porsche 962 rose, est bien gravée dans ma mémoire. Quelle émotion de la revoir en miniature quelques années plus tard ! Vous comprendrez aisément pourquoi la découverte de la photographie de My Little Red Car m’a donné des frissons.

Bruce Jouanny pour MyLittleRedCar
Bruce à l’âge où tous les rêves de vitesse sont encore permis.