6. La chronique MyLittleRedCar dans AUTOHEROES #019 Jean-Pierre Gagick

LE FUNAMBULE DE MONACO

En 1983, mon père, vendeur automobiles à Cannes, m’emmène au GP de Monaco. Grand fan de sports mécaniques, il m’a fait découvrir les circuits Paul Ricard, Dijon-Prenois et les nuits dans le Turini.

Me voilà donc, du haut de mes onze ans, dans les paddocks du GP de Monaco, mon papa trouvant toujours le moyen de récupérer des Pass...


Mon père m’explique les enjeux, la domination des moteurs turbo semble inéluctable - je ne comprends pas encore toutes les finesses de la mécanique... - mais un pilote lutte contre ce raz-de-marée avec sa Williams à moteur atmosphérique : Keke Rosberg.

Champion du monde en titre, le Finlandais, réputé pour sa conduite agressive, est une tête de mule mais un fin stratège. Il choisit de partir en pneus slicks sur ce tracé sinueux qui convient mal aux puissants moteurs turbo. Après une véritable démonstration de pilotage, il s’impose devant Piquet et Prost, comme un dernier baroud d’honneur pour ces moteurs atmosphériques qui ont déjà perdu la guerre face aux turbos...

Je me rappelle particulièrement de cette Williams FW 08 C de Keke Rosberg et de la très élégante Brabham bleu marine et blanc de Nelson Piquet avec son museau pointu.


Pour moi gamin, le GP de Monaco était surtout synonyme de chaleur et de moiteur (à cause des averses) mais je me souviens surtout de cette odeur d’essence et d’huile
et de ce bruit phénoménal des monoplaces. Il y avait quelque chose d’effrayant de les entendre crier au loin vers Mirabeau puis d’attendre leur arrivée après le tunnel. Keke Rosberg me faisait penser à un chevalier qui livre sa dernière bataille face aux “méchants” et leurs turbos, même si je n’avais toujours pas vraiment compris la différence entre les deux moteurs.


Je ne sais plus vraiment quand et comment mon père m’a offert cette voiture mais je sais qu’elle m’a accompagné durant de nombreuses après-midi de jeux, en revivant ce GP aussi e rayant avec son agitation et son bruit qu’hypnotisant pour un gamin de mon âge.


Je l’ai retrouvé dans un carton, par hasard, en vidant la cave de mon père après sa mort en décembre dernier, comme s’il me l’avait offerte une deuxième fois...

Elle a retrouvé sa place dans mon salon et ne me quittera plus.

JP Gagick pour MyLittleRedCar