1. Article sur MyLittleRedCar dans AUTOHEROES #015

Poésie en Carrosserie

DE VOTRE PÉRIODE BLEUS AU GENOUX, CAILLOUX DANS LES POCHES ET ŒIL AU BEURRE NOIR,
IL RESTE SURTOUT LA PETITE VOITURE AVEC LAQUELLE VOUS AVEZ FAIT LES 400 COUPS. CELLE QUI ÉCHAPPAIT À TOUTES LES POURSUITES DE POLICE LE MATIN ET RÉGLAIT SON COMPTE AUX BANDITS L’APRÈS-MIDI. GRÂCE À LA MAGIE DE JULIEN, CELLE QUI A PASSÉ DES ANNÉES AU FOND D’UN CARTON
PEUT MAINTENANT TÉMOIGNER DE VOS EXPLOITS EN BONNE PLACE DANS VOTRE SALON.


Texte Ethan Valentin / Photos Julien Melica et Julien Lutt

« CHAQUE TABLEAU EST UNE UTOPIE RÉALISÉE, LE PARADIS PERDU DE L’ENFANCE. »


Comment retomber en enfance incognito ? En commandant à Julien Melica votre Little Red Car. Où naissent les Little Red Car ? Elles attendent souvent depuis des années au fond du grenier de votre enfance, ou dans le vrac d’une caisse en bois sur une brocante. Parfois, elles ne sont au début qu’une idée, un rêve inassouvi. Quelle que soit l’origine de votre Little Red Car, votre rêve de gosse affichera fièrement et discrètement une partie de votre moi que les connaisseurs sauront apprécier. Sous la verrière de son atelier photo qui a tout d’un garage, les tableaux de Julien sont une porte ouverte sur le monde du rêve enfantin. Mais c’est sans doute sa compagne, Lydie Luttenbacher, qui parle le mieux de son artiste de mari : « C’est fugace. Une délicieuse confusion des sens. C’est la madeleine de la Tante Léonie pour Proust ou la ville de Moscou pour les Trois Soeurs de Tchekhov. C’est le rire du jeune Jean-Pierre Léaud pour Truffaut ou un Mistral gagnant pour Renaud. Chaque tableau de Julien est une utopie réalisée, le paradis perdu de l’enfance. » Ces mots en disent long sur leur complicité. Tant et si bien qu’il est difficile de vous parler de Julien sans effleurer leur tandem plein de poésie. Depuis plus de 25 ans, Julien Mélica pilote ses appareils photos comme il aime caresser du regard son rêve d’enfant devenu réalité, une belle Jaguar Type E, d’un rouge éclatant. Epicurien et collectionneur de jolis moments de vie, il partage avec sa compagne un amour infini pour les gens et pour la photo. Sur leur site de photos de mariage, vous pourrez lire : « Ce ne sont pas des photos. Ce sont ses regards posés sur vous, ce sont ses premiers baisers. Ce sont vos conversations passionnées, le trouble dans ses yeux et le frémissement de sa peau. Ce ne sont pas des photos. Ce sont les mots que vous voudrez lui dire dans un an, dans vingt ans, toujours. » Lydie et Julien gravent sur papier ces minuscules instants d’éternité. Et c’est avec cet esprit poétique et exigeant que Julien a abordé la photo de modèles réduits. Parallèlement à son travail de portraitiste, il a l’intime conviction que certains objets sont capables d’émotion. Comme une personne, ils peuvent refléter des sensations, des sentiments, des morceaux d’existence. Il se lance dans la photographie de “nature morte”... qui se transforme rapidement en photographie d’“objets vivants” puisque Julien œuvre à redonner vie aux objets qu’il photographie et faire renaître des sensations oubliées depuis longtemps. Le déclic lui vient le jour où il voit un de ses enfants examiner sous tous les angles une petite voiture en métal. Sa propre enfance lui revient à l’esprit, ses heures passées à rêver, une miniature à la main, dans cet état de concentration quasi surnaturelle. Un moment hors du temps où les sens sont tous tournés, dévoués même, à son jouet favori. Depuis, le travail phénoménal de Julien est inversement proportionnel à la taille de ses modèles. Julien pose sur ce monde miniature le regard émerveillé d’un petit garçon. Soucis du détail, magie de la lumière, poésie des courbes et charme des défauts, il fait de chaque voiture une véritable œuvre d’art. Dans son atelier photo, il met au point une technique de prise de vue tout à fait particulière : « En portrait, on cherche à gommer les imperfections. Ici, au contraire, je m’attache à faire surgir chaque imperfection, chaque grain de poussière, chaque rayure ou au contraire le parfait état. Je pense que les petites voitures reflètent la personnalité de l’enfant qui les a eues entre les mains : soigné, turbulent consciencieux, impatient, espiègle ou aventurier. Elles ont toutes une histoire liée à la personne qui me demande de les photographier. » Derrière chaque tableau se cache donc une histoire. Celle de Julien commence par des rêves de symphonie en douze cylindres, d’un capot à n’en plus finir et d’un jaguar comme blason. La Type E de ses rêveries d’enfant est devenue réalité comme vous pouvez le voir sur les photos où le fauve anglais enjolive de sa plastique parfaite son atelier d’artiste : « 



« CES PETITES VOITURES REFLÈTENT LA PERSONNALITÉ DE L’ENFANT QUI LES A EUES ENTRE LES MAINS. »


La plupart de mes clients possèdent, en taille réelle, la miniature qu’ils me demandent de traduire en tableau. Ou bien ils possèdent une voiture de la même marque même si ce n’est pas exactement le même modèle avec lequel ils jouaient enfants. D’autres ont perdu leur miniature originale et ont retrouvé un modèle approchant chez les revendeurs. Mais, dans tous les cas, il existe un lien entre leur enfance et leur réalité d’adulte. » Entre nostalgie et poésie, la découverte d’un tableau est toujours un moment d’émotion : « Lorsque j’expose mes images, je remarque parfois une forte émotion dans les yeux humides de celui qui reconnaît le modèle qui lui était si cher étant enfant. C’est précisément ce moment qui donne du sens à ma démarche artistique : quand tout semble revenir en mémoire, quand la voix se perd dans la gorge serrée, cette expérience du surgissement de l’enfance de celui qui regarde le tableau. Et... en toute modestie, cela va peut-être même plus loin... J’ai parfois le sentiment de toucher à l’universel parce que chacun tente de se reconnaître dans l’une ou l’autre voiture, plus ou moins altérée par l’usage, selon le type d’enfant qu’il a lui-même
été ! » Une fois la voiture prise en photo avec un système élaboré de flash de studio et autres réflecteurs, Julien peaufine ses photos dans les moindres détails grâce aux techniques de retouche, de calibrage et de tirage qu’il maîtrise depuis longtemps : « C’est le grand-père de mon épouse qui m’a enseigné la retouche photographique, métier qu’il a exercé dès les
années 40 donc bien avant l’invention de Photoshop. A mes débuts, je travaillais en argentique et j’avais donc appris à ses côtés à retoucher les négatifs puis les tirages papiers. C’était une retouche précise que l’on dispensait avec parcimonie et qui donnait un résultat très naturel. C’est ainsi que je conçois encore mes images aujourd’hui, la retouche est utilisée au service d’une retranscription aussi précise que possible du réel sans sophistication, sans surnaturel. Il s’agit de ne pas affadir l’âme de l’objet. » Bien malin celui qui comprendra les heures de travail de post- production passées devant son écran d’ordinateur avant de réaliser un tirage : « C’est justement là le secret, la technique doit être invisible pour laisser surgir l’émotion vraie, sans artifice. » Tirés sur Altuglass, le résultat est saisissant au point d’avoir la sensation de redécouvrir son modèle réduit. Un peu comme lorsque l’on investit dans une hi-fi haut de gamme et que l’on se surprend à redécouvrir ses morceaux préférés, à entendre des nuances jamais perçues auparavant : « Même en ayant l’impression de connaître sa voiture par cœur, le tableau en donne un tout autre ressenti comme s’il intensifiait la réalité en bouleversant notre perception de l’objet. Une sensation assez inexplicable, qui devrait presque être inversée, puisque nous passons d’un objet en trois dimensions à un objet en deux dimensions. »La formule magique de Julien réside dans deux ingrédients incontournables : l’exigence d’un travail technique parfaitement réalisé et un client qui a été un jour un enfant. Julien nous fait comprendre que les objets aussi ont une âme : « Il m’est arrivé de photographier toutes sortes d’objets liés à une histoire de vie, on m’envoie parfois des doudous tellement usés et rafistolés que j’ose à peine les toucher, j’ai l’impression qu’ils vont se mettre à respirer tant ils sont marqués par le vécu de celui qui les possédait ! » Dans un coin de son studio, Julien a déposé un monumental capot de TypeE accidentée :
« C’est celui de ma voiture. Une camionnette de La Poste m’a grillé une priorité. Il m’a fallu un an pour réparer ma voiture. Ça devrait être un mauvais souvenir... et pourtant il m’est impossible de m’en séparer. C’est aussi à ce moment-là que j’ai compris que j’adorais photographier les imperfections et les rayures sur des miniatures mais qu’il n’était aucunement envisageable de laisser ce genre de traces sur la carrosserie de ma vraie Type E ! » Comme quoi on peut devenir un grand enfant précautionneux finalement... Et puis, qui sait, Julien a peut-être trouvé son prochain sujet de poésie mécanique.